Marathon de Prague : une sacrée aventure !

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Chaque marathon est une aventure totalement différente et ce marathon de Prague n’a pas changé cette règle pour moi. Venir courir le marathon de Prague était autant un plaisir sportif que personnel. Cette ville est réputée magnifique… et elle l’est ! Alors bien sûr, en restant 3 jours, et avec un marathon, je n’ai pas tout vu. Mais ce que j’ai vu m’en a mis plein les yeux !

Avant d’aller dans le détail de la course, je tiens vraiment à remercier l’équipe de RunCzech de m’avoir offert l’opportunité de venir courir ce marathon de Prague. Il faut le dire, ils ont tout géré, tout a été simple une fois sur place et ça c’est un gros plus avant un marathon ! Navette depuis l’aéroport, hôtel proche de la vieille ville (ça me change des airbnb ou des hôtels pas cher loin du départ), repas inclus… Ajoutez à ça une petite visite de la ville avec un guide… et vous retirez tout le stress de la découverte d’une ville et de devoir constamment tout chercher… Bref, toutes les conditions étaient réunies pour que le marathon de Prague se passe de la bonne manière ! UN GRAND MERCI!

le départ du marathon de prague 2018

Dès le départ j’ai quelques doutes…

Une belle journée de printemps, un ciel dénué de tout nuage… ça risque de chauffer le crâne ! Je décide de mettre une casquette pour me protéger en espérant que ça suffise. 15 degrés à 30’ du départ, température que j’ai dû avoir… 2 ou 3 jours à Montréal en 2018 ! Pour moi, c’est chaud et je n’aime pas le chaud, alors ce facteur risque de jouer un rôle en fin de course. Les organisateurs qui diffusent un message incitant à adapter son allure à la météo n’a d’ailleurs rien de rassurant. Mais je ne change pas mes plans, je veux faire ce marathon de Prague en écoutant mes sensations avant tout.

Et dès le départ c’est ce que je fais. On part sur « les Champs Élysées de Prague », une belle avenue en bitume, plate et ombragée… si seulement les 42 kms pouvaient se faire ici ! Car plus que la météo, d’autres facteurs vont me faire déchanter rapidement. Le parcours du marathon de Prague est globalement assez plat si on ne le regarde pas de trop près… Mais une fois dessus, on se rend compte qu’il y a énormément de petites embûches. Les passages pavés d’abord où la foulée est beaucoup plus difficile à tenir musculairement, les rails de tramways aussi… et surtout la succession de faux-plats / mini-côtes que ce parcours comporte. Si on ajoute les pavés aux tunnels, ponts et petits reliefs naturels de la ville, sentir son rythme sur ce parcours est mission impossible.

le marathon de prague 2018 une sacré aventure

Définitivement mon passage préféré de la course, magnifique !

Un métronome : 20’02 au 5ème km, 40’04 au 10ème km

Je répète, sentir son rythme est mission impossible. Le fait que mes 2 premiers 5 kms soient exactement sur le même temps, n’est pas vraiment une résultante de ma gestion. Ce sont vraiment mes sensations qui ont dicté ce rythme. Car je ne fais pas confiance au GPS (et j’ai raison) dans un cadre rempli de virage, tunnels et autres câbles électriques du tramway. Je me fie un peu à la puissance de mon Stryd et les 256 watts travaillés à l’entraînement. Mais je suis souvent au-dessus en moyenne… Avec toutes les relances que ce parcours force à faire, compliqué de vraiment savoir où l’on en est. Du coup je suis trop rapide, presque 45” d’avance sur le plan initial après 10 km. J’espère ne pas le payer plus tard mais pour le moment tout va bien.

Je prends le temps de bien me ravitailler, de mouiller l’intérieur de ma casquette à chaque point d’eau, et surtout je profite de la ville. C’est toujours agréable de pouvoir courir dans une grande ville sans voiture, et Prague ne fait pas exception. Le passage du Pont Charles et des petites rues du centre-ville est vraiment magique, j’adore ! Dommage que ce soit aussi dans ces parties où il y a le plus de pavés !

le marathon de prague 2018 a été une sacré aventure

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En gestion jusqu’au semi-marathon

La suite est un peu plus classique. Une grande avenue à remonter pour nous emmener jusqu’au semi-marathon avant de faire demi-tour pour la redescendre. Moins de monde, moins de choses à voir, le meilleur moment pour commencer à cogiter un peu. Je tiens toujours une bonne allure avec 20’16 du 10ème au 15ème km mais je commence tranquillement à penser à la suite après l’euphorie du début de course.

J’essaye de penser à ma technique et à ne pas tomber quand le pavé et les rails croisent le parcours. Ça m’amène tranquillement au semi-marathon en 1h25’02 soit… exactement le temps pour atteindre mon objectif le plus ambitieux à 2h50. Celui qu’au fond de moi je pense trop ambitieux ! Vais-je l’atteindre ? C’est pas gagné, mais je m’en suis donné les moyens en ce début de course au moins.

La traversée du désert jusqu’au 30ème

Le soleil tape, ça commence à bien chauffer. Trop chauffer ? Je ne ressens pas de coup de chaleur particulier. Je continue de bien m’asperger tous les 3 km aux points d’eau, ce qui permet quasiment d’aller jusqu’au prochain sans sécher. Mais cette partie est aussi un peu moins fun. Entre le 15ème et le 30ème kilomètre, le parcours pourrait être résumé à 4 lignes droites. 2 allers-retours sur une sorte d’auto-route urbaine qui laissent le temps à la réflexion et à l’installation des premiers doutes !

C’est vers le 25ème que je me dis que ça commence à être difficile pour la première fois. Ce sentiment va évidemment aller crescendo par la suite. Mais je suis motivé à ne rien lâcher. Et je remonte pas mal de coureurs simplement en essayant de conserver mon allure. Je me dis que ça doit être pire pour eux ! 2h01’40 au 30ème kilomètre, soit sur les bases de 2h51. J’ai légèrement ralenti sur ce dernier 5 km en 20’40 mais rien de catastrophique pour le moment. Le 30ème kilomètre, là où la course commence vraiment… Le moment de vérité de ce marathon de Prague !

le marathon de prague 2018

Le fait de course… maudit 34ème kilomètre !

En fait, je sens que je commence doucement à perdre le fil. Les jambes sont lourdes, ça devient dur de tenir le rythme. Pas totalement anormal me direz-vous à ce moment de la course. Je vois la puissance que m’indique mon Stryd baisser kilomètre après kilomètre. Je suis toujours entre 4’10 et 4’15/km donc rien de catastrophique non plus mais c’est un peu tôt pour ce type de sensations. Surtout que je sens ma lucidité doucement partir avec mon rythme. On revient dans la ville, on retrouve les ponts et les pavés, ça n’aide pas non plus à conserver une allure qui était déjà difficile sur le bitume plat !

Et puis vient ce 34ème kilomètre… Celui-là même qui m’avait détruit à Paris avec sa célèbre côte. Kilomètre maudit de mes marathons ! Ici pas de côte, mais du pavé… Je bute sur un pavé pour la 3ème fois de la course… Cette fois sera la bonne, le déséquilibre me propulse en avant, la tête la première… J’ai encore le réflexe de mettre mon bras en avant mais le mal est fait. Je suis allongé de tout mon long au sol. Combien de temps ?

Je ne sais pas mais j’ai l’impression que ce moment a duré des heures. Arrêter son effort de la sorte est vraiment horrible… Le simple fait de rouvrir les yeux et d’essayer de se relever est en soi un effort énorme. Une dame m’aide à me remettre debout, les secouristes accourent en me demandant si je suis ok… je suis dans le vague, mais je semble ok. Alors je marche pendant 10 mètres et me pousse à repartir tout de suite sinon je sais que ce sera trop dur…

Le début d’un long chemin de croix

J’avais du mal avant cette chute. Mais là, j’ai définitivement laissé tout mon influx nerveux sur le pavé. Je suis en footing mais j’ai l’impression d’être à fond. Et puis mon genou gauche a dû prendre un sacré coup car ça fait mal à chaque foulée… Malgré tous mes efforts pour me reconcentrer et essayer d’accrocher le monde qui me dépasse pour me remettre dedans, rien y fait. Je suis comme perdu sur ce parcours. Le passage au 35ème se fait en 2h25 et en calculant rapidement dans ma tête, j’en suis rendu au point de me dire que même les 3h vont être dures à aller chercher… 4’50/km de moyenne à tenir jusqu’au bout… C’est exactement l’allure sur laquelle je suis à ce moment et… il faut la tenir encore 7km !

Du coup les pensées deviennent de plus en plus noires. J’ai envie de m’arrêter pour marcher, puis de m’arrêter pour abandonner. À ce moment je me dis juste « à quoi bon se faire mal pour rien ? ». Le type de pensées classiques que je chasse d’habitude rapidement. Mais là je ne sais pas si c’est la chute ou si mentalement je ne suis pas là mais j’ai vraiment du mal. 4’53, 4’58… Je perds du terrain sur les 3h et je n’arrive pas à me relancer… Pourtant il y a urgence si je veux atteindre ce nouvel objectif !

Un vrai sursaut d’orgueil au 38ème km !

Un faux plat descendant me relance naturellement… Et le 38ème kilomètre approche, un autre moment critique de ma course. C’est le moment où je repense à la GoPro qui est dans ma poche (vidéo à venir !). Je ne dirai que quelques mots à la caméra mais ils vont me rebooster. Hors de question de marcher, je dois me battre pour aller au bout. Et le déclic mental va se faire pour réussir à aller chercher un peu plus profondément en moi l’énergie pour rattraper le retard. Je n’arrive plus vraiment à juger où j’en suis sur les 3h mais je me mets juste à donner le maximum. 4’43 et 4’48 au 39 et 40ème, je reprends du temps, on ne lâche pas, ça va se jouer à coup de secondes ce sub 3h !

La fin de parcours fait vraiment mal avec plusieurs tunnels à passer. Tunnels où je ne vois absolument rien. Le passage de la lumière intense du soleil au tunnel + un haut niveau de fatigue = vision totalement trouble. C’est flippant, je ne vois pas où je met les pieds et j’ai l’impression d’avoir la tête qui tourne… Mais le plus dur est en fait de ressortir du tunnel. Car la remontée du dernier tunnel est assez marquée… et suivie par une autre montée, pavée celle-là… Bref ce 41ème km est un calvaire ! Je le passe quand même en 4’50… Tout va se jouer avec les tripes sur le dernier kilomètre !

Un sprint avec l’énergie du désespoir !

Une longue ligne droite nous amène jusqu’à l’arrivée. Je relance l’allure autant que je le peux et la vue du panneau « 500m to go » me pousse à en remettre encore un peu plus. Je ne sais pas si je vais le faire mais je ne veux pas regretter, alors je donne tout. Je ne regarderai pas la montre au panneau 42km, l’important c’est de finir le plus vite possible. Je ne sais pas d’où je sors cette énergie mais je sens que l’allure augmente considérablement dans ce dernier 200m et quand j’aperçois le chrono au loin, c’est la délivrance, ça va le faire !

Je pousse jusqu’au bout pour arrêter le chrono à 2h59’35… et démarrer une agonie qui durera de longues minutes. Plusieurs fois pendant la course, je me suis dit que c’était peut-être juste mon mental qui était trop faible aujourd’hui. Quand je vois mon 42ème kilomètre où je donne tout et où je vais seulement chercher un 4’36… je me dis que non, définitivement, le physique ne suivait pas. Car 4’36 j’en ai fait des centaines, des milliers de kilomètres à cette allure, mais jamais je n’ai dû me rentrer dedans comme ça pour tenir une telle allure. En fait si, au Marathon de Toronto 2016 et au Marathon de Paris 2017, j’ai déjà eu cette sensation…

Un bilan contrasté évidemment !

Bref j’étais trop court pour tenir les 42,195 km aujourd’hui… C’est mon 3ème marathon et pour le moment j’ai toujours eu l’impression qu’il manquait quelque chose. Cette année ma prépa a été un peu perturbée et je n’ai pas fait autant de sorties longues que ce que je prévoyais. Ça a forcément joué. Mais je pense qu’il va aussi falloir que je me penche sur un programme de renforcement plus intense en début de saison prochaine pour éviter de faiblir comme ça en fin de course.

Le marathon est une course d’endurance, où le facteur énergétique joue beaucoup (je n’en ai pas parlé mais aucun souci aujourd’hui de ce côté). Mais c’est aussi et surtout une course musculaire. Et c’est là que je pense encore pêcher aujourd’hui. Je tiens mon allure marathon sans problème mais après 30 km, je n’ai juste plus assez de fibres musculaires en bon état pour continuer d’assurer le travail. Je reviendrai sur marathon en ayant travaillé ça, pas avant. Je ne dis pas que la prochaine fois sera la bonne, mais inutile d’y retourner si je n’ai pas fait ce travail de fond. Voilà pour l’analyse du pourquoi.

le marathon de prague 2018

Maintenant suis-je satisfait de ce marathon de Prague ? Oui. Pour moi, je suis toujours en apprentissage de cette distance. Je suis convaincu que je réussirai à la dompter. Ce type d’expérience ajoutée à mes deux autres marathons est un passage important pour réussir une course pleine. Ça viendra, je le sais, je vais travailler pour, je ne lâcherai pas le morceau, vous vous en doutez bien ! ????

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